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Julie Lavergne et le concept 2C2A : une Ă©quitation en conscience

Julie Lavergne est enseignante et cavaliĂšre professionnelle. Elle possĂšde une Ă©curie de propriĂ©taires Ă  Grisy-Suisnes dans la Seine-et-Marne. Elle a forgĂ© son expĂ©rience auprĂšs du Dr Pradier, avec qui elle a collaborĂ© durant sept ans – elle fut sa derniĂšre Ă©lĂšve. HĂ©ritiĂšre de ce “mĂ©canicien” passionnĂ© de locomotion, elle a mis au point un concept: 2C2A. C + C + A + A : connexion, cadence, attitude, amplitude, quatre observables fondamentaux qui aident les cavaliers Ă  comprendre leurs chevaux. Le principe: ĂȘtre conforme Ă  l’innĂ© du cheval. C’est l’alliance de l’éthologie et de la biomĂ©canique qui est Ă  la base de ce concept pluridisciplinaire. Ses valeurs? La patience et la persĂ©vĂ©rance dans le but de parvenir, grĂące Ă  un plan d’entraĂźnement prĂ©cis et rigoureux, Ă  la performance. Il est le fruit de rĂ©flexions approfondies, menĂ©es grĂące Ă  une pratique assidue et une observation quotidienne des chevaux. Zoom.

Le mot d’ordre de Julie : Ă©quilibre

La quĂȘte de Julie Lavergne pourrait se rĂ©sumer Ă  un mot: Ă©quilibre. Et pour parvenir Ă  ce Graal, un outil-clĂ© : l’observation. Tel un philosophe empirique  faisant de l’expĂ©rience sensible l’origine de toute connaissance, elle “conscientise” ce qu’elle voit afin de pratiquer une Ă©quitation menant Ă  la performance dans le respect de l’innĂ© du cheval. “Le docteur Pradier m’a appris l’essentiel: apprendre Ă  observer, Ă  comprendre ce que me dit le cheval. J’observe, jour aprĂšs jour, et ajuste ma rĂ©flexion pour parler couramment la langue du cheval. Ce sont les chevaux qui ont fait mon apprentissage Ă©questre. Ce que je sais, je le tire de mon vĂ©cu avec eux, tout simplement. L’équation qui fonctionne: un cavalier au-dessus de ses pieds sur un cheval Ă©quilibrĂ© dans son innĂ©. C’est ainsi que chaque jour, je tente de m’approcher de cet idĂ©al d’équilibre.”

L’homme, dans le but de satisfaire ses objectifs avec le cheval, a sorti celui-ci son contexte naturel. À partir de lĂ  s’est automatiquement crĂ©Ă© un dĂ©sĂ©quilibre. TrĂšs logiquement donc, le retour Ă  l’équilibre va passer par la capacitĂ© de l’homme Ă  se rapprocher le plus possible du conformisme du cheval. Ainsi, pour prĂ©tendre une quelconque relation avec lui, sportive ou autre, c’est-Ă -dire pour se faire accepter par son cheval et qu’il soit disponible, il est important que son mode vie lui plaise: il doit se trouver proche de son innĂ© pour se sentir en sĂ©curitĂ©, donc serein. “J’essaie d’offrir Ă  mes chevaux une vie qui se rapproche le plus possible de celle qu’ils ont au naturel, en libertĂ©.” Ce qui passe par une alimentation digeste, une possibilitĂ© permanente de mastiquer, du foin en grande quantitĂ©, la libertĂ© de se dĂ©placer un grand nombre de kilomĂštres par jour, une vie riche en rapports sociaux avec des repĂšres hiĂ©rarchiques. “Certains de mes chevaux de sport vivent en troupeau, et pieds nus. J’aime pouvoir m’adapter en fonction de ce que chaque cheval me dit. C’est le principe du conformisme Ă  leur innĂ©. Le cheval est un athlĂšte, avec une locomotion, un Ă©quilibre qui lui sont propres. Si l’on respecte le conformisme Ă  son innĂ© locomoteur, le cheval aimera vous porter et faire les choses que vous lui demandez, car alors seulement physiquement cela lui sera possible. Or bien souvent, notre poids ou nos demandes le mettent dans une incapacitĂ© physique de faire. Alors, il compense, s’inquiĂšte, cherche Ă  se dĂ©brouiller, et dĂ©grade sa locomotion. Son Ă©quilibre ‘spontané’ se voit dĂ©naturĂ©, perturbĂ© par notre poids et notre action sur son dos. Mon rĂŽle va alors ĂȘtre, au moyen d’une intellectualisation de ce processus, d’aider le couple cavalier-cheval Ă  trouver son Ă©quilibre, en tenant Ă  distance les compensations nĂ©fastes qui nuisent aux performances sportives. Ainsi, il s’agit d’apprendre Ă  mes Ă©lĂšves Ă  agir par une conscience de soi aboutissant Ă  un parfait accord des aides, de maniĂšre Ă  restituer, voire amĂ©liorer, les allures naturelles du cheval par rapport au contexte dans lequel on l’a mis. C’est une Ă©quitation de conscience: je vise Ă  faire parvenir mes Ă©lĂšves Ă  un niveau de conscience Ă©questre tel que l’on met tout en place pour que le potentiel des deux se rĂ©vĂšle.”

Une vision du cheval dans son ensemble alliant éthologie et biomécanique 

Julie dĂ©veloppe son point de vue: “Je ne connais pas de cheval qui refuse de donner Ă  son cavalier. S’il ne donne pas, c’est qu’il n’a pas compris ce qu’on lui demande, ou qu’il est incapable de l’exĂ©cuter physiquement, ou les deux. Exiger de son cheval, ĂȘtre au contrĂŽle, cela ne rĂ©sonne pas complĂštement juste en moi. Qui sommes-nous pour avoir ce pouvoir sur le cheval? On doit amener le cheval Ă  collaborer. Ainsi, je ne vais pas dresser un cheval mais plutĂŽt l’inviter Ă  faire, et tout faire pour l’aider Ă  faire, en lui donnant les moyens physiques de le faire. C’est alors que je peux obtenir un certain contrĂŽle de la situation. C’est Ă  moi de mieux reformuler et d’optimiser ma technique Ă©questre. Cette remise en question permanente est vĂ©ritablement mon mantra.” 

Et cela passe par la rĂ©pĂ©tition, la constance: “Une chronologie d’exercices prĂ©cis renforçant le cheval et l’installant progressivement dans les aides avec les moyens physiques nĂ©cessaires. On parle alors de contrĂŽle sans faille, d’un contrĂŽle durable.” Il est en effet capital que le cheval opĂšre de bonnes associations: “Si je demande Ă  mon cheval d’exĂ©cuter un exercice qui le met dans la douleur, Ă  force il n’aura plus envie, donc il faudra utiliser la coercition. Et c’est de lĂ  que viennent la plupart des problĂšmes comportementaux, qui nĂ©cessiteront par la suite une rĂ©Ă©ducation aussi bien physique que mentale. Mieux vaut dĂšs le dĂ©part travailler en conscience avec des moyens indispensables Ă  une bonne association. Trop de chevaux passent Ă  cĂŽtĂ© de leur carriĂšre pour ces raisons, trop de chevaux compensent le manque de connaissances de leur cavalier.” 

C’est ici que se noue l’alliance indispensable de biomĂ©canique (une bonne locomotion qui prĂ©serve et optimise le physique du cheval) et de l’éthologie (sans laquelle on ne peut pas se faire comprendre de son cheval). “L’Ă©thologie, c’est l’étude du comportement du cheval: privilĂ©gier le conformisme et non l’anthropomorphisme. J’aime observer Ă©voluer certains de mes chevaux qui vivent en troupeau, car leurs interactions me permettent de comprendre comment ils communiquent. Dans mes Ă©changes avec eux, j’essaie de copier leurs codes et de me mettre dans leur peau. Je m’inspire vraiment de leur maniĂšre de fonctionner. Je constate Ă  quel point ils rĂ©pĂštent les choses, Ă  quel point ils jouent avec la pression, la mettent, l’enlĂšvent, ce que dit leur langage corporel et leur hiĂ©rarchie. J’essaie de bien analyser tout ça et de le mettre en situation, Ă  pied ou a cheval. Les chevaux nous voient en tant qu’humains, mais si l’on communique avec eux au moyen de cette pression et de cette gestuelle qu’ils utilisent eux-mĂȘmes entre eux, ils comprennent immĂ©diatement.” Selon Julie, un cheval qui respire le bien-ĂȘtre, c’est un cheval bien dans sa tĂȘte et dans son corps. “TrĂšs souvent, j’ai pu m’apercevoir que le physique aidait ou desservait le mental. Par exemple, si l’on compare deux chevaux en libertĂ©, l’un d’eux domine systĂ©matiquement, et cette domination est liĂ©e Ă  sa capacitĂ© physique. Un cheval qui a du mal Ă  bouger ou qui a un physique compliquĂ© laissera la place de dominant Ă  un cheval plus fort. Le mental du cheval est directement en lien avec son physique. J’ai pu aussi observer, comment, au fur et Ă  mesure que le cheval gagne en forme physique par l’entraĂźnement, et son caractĂšre Ă©volue. Un cheval bien dans son corps et dans sa tĂȘte sera prĂȘt Ă  nous donner sans limite et avec envie.”

2C2A : des observables pour rendre les cavaliers conscients de leur Ă©quitation

Performer, c’est pouvoir optimiser sans dĂ©grader. Pour comprendre la vision de Julie, il suffit d’établir une comparaison avec les sportifs humains, qui mettent au point un entraĂźnement qui les aident Ă  adopter les bonnes postures tout en se prĂ©servant. Selon Julie, un cheval doit fonctionner de maniĂšre Ă  ne pas user inutilement son capital santĂ© tout en optimisant ses capacitĂ©s physiques et sportives. “Il ne s’agit pas de ne pas lui demander de faire des efforts, mais de le prĂ©parer Ă  l’effort en le mettant mĂ©thodiquement dans une gymnastique l’entraĂźnant Ă  faire des efforts sans dĂ©gradation de son physique. À l’entraĂźnement, il faut pouvoir le challenger, lui demander d’exĂ©cuter des choses difficiles physiquement mais qu’il est en mesure de rĂ©aliser, sans qu’on ait besoin de puiser dans son capital santĂ©. Il faut avancer avec lui en respectant son innĂ© locomoteur. Pour ce faire, il faut non seulement respecter un protocole d’échauffement, mais apprendre Ă  l’observer. Cela met le cavalier dans une dimension de respect du physique de sa monture. L’entraĂźnement est en phase avec diffĂ©rents observables.” 

La philosophie Ă©questre de Julie, baptisĂ©e 2C2A, est d’amener les cavaliers Ă  crĂ©er un vrai partenariat avec leur cheval, d’avancer ensemble dans la bienveillance. “On vise la relation, la justesse du travail, et le confort du cheval.” 2C2A se base sur l’acquisition de quatre fondamentaux, appelĂ©s aussi observables: la connexion (respect, interaction dans la comprĂ©hension et la confiance, avec l’accord des aides); la cadence (respect des allures et dĂ©termination de la cadence idĂ©ale dans laquelle le cheval va optimiser son Ă©quilibre et gagner en amplitude – et Julie de prĂ©ciser: “Attention Ă  la trompeuse sur-cadence, qui dĂ©sĂ©quilibre et entraĂźne une perte de force, c’est dans une cadence lente que le cheval poussera vĂ©ritable-ment”); l’attitude (qui varie selon le degrĂ© de rassemblĂ© et la condition physique du cheval, de l’extension d’encolure Ă  l’attitude la nuque au point le plus haut); et l’amplitude, qui est le rĂ©sultat des trois autres. Ce dernier est le juge de paix. Si le cheval est ample, c’est qu’il est dans une bonne cadence, avec les bonnes attitudes, et le cavalier et le cheval sont parfaitement connectĂ©s). 

“Bien souvent, les contraintes sportives actuelles sont telles que les chevaux vont au-delĂ  de ce qu’ils sont rĂ©ellement capables de faire. Les observables nous aident lors de l’entraĂźnement Ă  comprendre les limites et Ă  les repousser: apprendre Ă  comprendre son cheval, Ă  identifier les messages qu’il nous envoie pour progresser dans le confort. C’est une recherche infinie: pour moi la lecture et l’optimisation des observables est toujours perfectible, je n’ai jamais fini d’apprendre.” Le principe Ă©tant de ne pas “prendre” au cheval, mais qu’il “donne”. La pĂ©dagogie de Julie comprend autant du travail Ă  cheval qu’à pied. Elle explique: “Lorsqu’un nouveau couple vient me voir, j’établis un double diagnostic. Un diagnostic du cheval, et un diagnostic du couple cavalier/cheval, afin d’ĂȘtre Ă  mĂȘme d’élaborer un programme sur mesure pour l’approche et le travail. Mon objectif: rendre comprĂ©hensible l’équitation. Que le message passe bien. J’aime Ă  dire: ‘Passe le bon message et tu obtiendras la bonne rĂ©ponse’. Mon objectif est de mettre Ă  disposition des cavaliers une boĂźte Ă  outils leur permettant de dĂ©crypter leur cheval et d’apprendre Ă  lui parler. Ceci passe par la lecture d’observables. Savoir quoi faire avec ce que mon cheval me dit. Je vise Ă  travers cette formation Ă  rendre les cavaliers autonomes. Qu’ils puissent juger de l’entraĂźnement de leur cheval et optimiser son tonus musculaire. Respecter les observables, Ă  cheval comme Ă  pied, permet de suivre l’évolution d’un cheval qui fonctionne avec son Ă©quilibre et sa force, dans l’idĂ©e que tout cela aille en grandissant au fur et Ă  mesure qu’on le gymnastique. Et ce, sans passer par des enrĂȘnements ou des muserolles serrĂ©es. Car c’est justement parce qu’il ouvre la bouche, qu’il grince des dents ou que sa tĂȘte n’est pas fixe, que j’arrive Ă  m’interroger sur des solutions. C’est pour moi un feedback trĂšs important de laisser mon cheval me dire ce qu’il a Ă  dire. L’important est de savoir quoi faire avec ce que mon cheval me dit. C’est ça, la philosophie 2C2A. Aussi, je me remets en permanence en question pour ĂȘtre en mesure d’apporter les clĂ©s qui aideront les cavaliers, et enrichir sans cesse leur boĂźte Ă  outils. Chaque jour est un nouveau pas vers plus de conscientisation.”

2C2A : un programme d’entraünement 

Le programme 2C2A est un plan d’entraĂźnement. Il s’agit d’une mĂ©thodologie que Julie enseigne au quotidien, au sein de ses Ă©curies, avec ses Ă©lĂšves, et lors de stages et confĂ©rences qu’elle donne aux quatre coins de la France. La formation 2C2A suit une chronologie et a pour objectif de former les cavaliers Ă  devenir de vrais prĂ©parateurs sportifs pour leurs chevaux et d’aider chaque couple Ă  performer. Ses mots d’ordre: patience, persĂ©vĂ©rance, performance. Au programme, cinq niveaux permettant d’approfondir ses connaissances pour ĂȘtre apte Ă  performer. On peut s’inscrire Ă  un programme de formation poussĂ©e auprĂšs de Julie, ou suivre la formation Ă  son rythme. “J’ai mis en forme ce plan d’entraĂźnement Ă  partir de ma propre expĂ©rience pour guider les cavaliers. Sans aller jusqu’a un total chamboulement de votre Ă©quitation, et au-delĂ  du programme proposĂ© qui est le reflet de ma vision Ă©questre, je propose de transmettre la con-naissance de certains outils-clĂ©s dans le but d’aider chevaux et cavaliers Ă  se comprendre. Je suis Ă  chaque fois Ă©merveillĂ©e de voir Ă  quel point cela tient bien souvent Ă  quelques petits dĂ©tails de conscience.” 

L’importance du Dr Pradier 

“Avant tout, Dr Pradier aimait profondĂ©ment les chevaux. Je le vois encore, fascinĂ© par leur beautĂ© et leur bontĂ©. La prĂ©cision du dĂ©tail, la rigueur constante, le respect du cheval, sont les valeurs qu’il m’a enseignĂ©es”, dĂ©voile Julie, qui continue : “Il disait souvent que le cavalier n’est pas Ă  la hauteur du cheval. En ce sens, il voulait signifier que le cheval a une telle locomotion que le cavalier n’est pas capable de l’accompagner et au contraire le brime. Le Docteur m’a justement appris Ă  respecter et rĂ©vĂ©ler les chevaux.” À la fois vĂ©tĂ©rinaire Ă©quin, cavalier et instructeur, le Dr Pradier n’a eu de cesse, tout au long de sa carriĂšre, de revisiter l’Ă©quitation classique Ă  la lumiĂšre des Ă©clairages modernes en biomĂ©canique. “MĂ©canicien” passionnĂ© par l’étude toujours plus poussĂ©e de la locomotion, soucieux d’un travail du cheval “à l’endroit”, dans la souplesse du dos (d’oĂč la fameuse “extension d’encolure”), il Ă©voluait dans le respect de la nature du cheval, de son intĂ©gritĂ© et de son psychisme, ayant comme certitude absolue que le dressage n’est rien d’autre que la recherche menant Ă  la restitution ou Ă  l’amĂ©lioration des allures naturelles, et que le capital sportif d’un cheval ne peut s’exprimer pleinement que dans le respect de celles-ci. Il disait lui-mĂȘme qu’il n’avait rien inventĂ©, et ne prĂ©tendait pas l’avoir fait, mais il a perpĂ©tuĂ© un savoir historique, l’a adaptĂ© aux chevaux modernes, et a su l’écrire (voir sa bibliographie). Sa base de travail n’était rien d’autre que du bon sens, une maĂźtrise parfaite de la biomĂ©canique et de la locomotion. Le reste a Ă©voluĂ©: le nombre de licenciĂ©s, l’exigence des cavaliers, les artifices (engrĂšnements, selle, mors, etc) se sont multipliĂ©s, mais la base de l’équitation est restĂ©e la mĂȘme. C’est ce que Dr Pradier a dĂ©fendu toute sa vie: le travail juste du cheval, dans son confort et en prenant le temps. 

La fameuse extension d’encolure: un exercice aux grandes vertus 

Le procĂ©dĂ© de l’extension d’encolure a germĂ© dĂšs le milieu du XIXe siĂšcle dans les cerveaux de ceux qui dressaient les jeunes chevaux afin de rĂ©soudre des problĂ©matiques nouvelles dues aux changements physiques observĂ©s chez les chevaux: moins d’étalons Ă  encolures Ă©paisses, plus d’hongres et de juments dotĂ©s d’encolures longues et souples, Ă  qui il fallait tout de mĂȘme donner la force nĂ©cessaire au dressage. Que le cheval soit fort ou faible physiquement, l’extension d’encolure s’est imposĂ©e comme l’exercice prĂ©paratoire idĂ©al pour “construire” un cheval tel qu’il devrait ĂȘtre. Il constitue l’outil majeur pour permettre au cheval de s’exprimer pleinement, le rendre autonome dans l’élaboration de sa masse musculaire, et optimiser sa mise en place locomotrice et la comprĂ©hension face Ă  une demande d’impulsion. La prĂ©paration physique est importante si un cavalier veut que son cheval fonctionne lĂ©gĂšrement et facilement. La lĂ©gĂšretĂ© d’une monture par rapport aux demandes de son cavalier vient d’une prĂ©disposition mentale et physique. 

L’extension d’encolure est une posture dans laquelle on renforce le dĂ©sĂ©quilibre du cheval, facteur opĂ©rant de l’équilibre. Plus on va pousser le cheval vers l’avant et le bas, plus il devra se rĂ©Ă©quilibrer. Il utilisera pour ce faire ses chaĂźnes musculaires ventrales et pectorales, ce qui mobilisera le garrot (partie importante du soutien de l’avant-main). Dans cette posture, on peut guider un cheval dans diffĂ©rents exercices: volte, session, Ă©paule en dedans etc, tous les exercices, exceptĂ©s ce qui nĂ©cessite du rassemblĂ© et de l’abaissement de hanche car cette posture ne le permet pas. Tous ces exercices vont ainsi doubler l’activation musculaire et la comprĂ©hension pour votre cheval de la façon dont vous le portez. Les rĂ©sistances rencontrĂ©es ne sont pas un mauvais signe si vous faites attention Ă  votre position. Si votre demande est juste et que l’Ă©quidĂ© rĂ©siste, il suffit de rĂ©pĂ©ter. L’aboutissement parfait de l’extension d’encolure (nez le point le plus bas, chanfrein Ă  la verticale, dans des cadences lentes et une amplitude maximale) est en phase avec celui du rassembler parfait, que le cheval est capable de supporter sans dĂ©gradation physique. Car la quĂȘte de chaque sĂ©ance est bel et bien d’augmenter le rassembler du cheval. 

Ce cheminement physique nĂ©cessite de la comprĂ©hension afin d’enclencher une spirale vertueuse: “J’ai pu constater que le tonus musculaire grandissant, l’extension d’encolure s’amĂ©liore et par consĂ©quent, le rassembler aussi.” L’extension d’encolure apporte une grande sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  la main, aux jambes et aux aides du cavalier. Lorsque l’on demande un engagement avec ses jambes, les mains laissent passer la tension du dos. Il n’y a pas de contradictions mains-jambes. Vous commencez Ă  comprendre que la sĂ©rĂ©nitĂ© par rapport Ă  une demande, c’est la capacitĂ© du cheval Ă  vous donner physiquement la rĂ©ponse. En d’autres termes, si le cheval se dĂ©fend lorsque l’on veut le ralentir, c’est qu’il n’a physiquement pas compris comment faire. En se mettant dans une mauvaise posture, il rencontre un gros inconfort physique, renforçant son envie de fuir ou de rĂ©sister Ă  votre demande. Cette incomprĂ©hension a de lourdes rĂ©percussions sur votre rapport avec votre cheval et sur la performance. L’extension d’encolure a ceci de vertueux qu’elle est conforme Ă  ce que le cheval ferait naturellement: avancer le nez et l’encolure pour dĂ©clencher le mouvement en avant. N’importe quel cheval en situation de devoir porter un cavalier aura la clairvoyance du mouvement en avant, y compris les chevaux dits rĂ©tifs ou les jeunes chevaux tout juste dĂ©bourrĂ©s. L’extension d’encolure rĂ©pond Ă  divers objectifs: exercice d’échauffement plus ou moins long en fonction du niveau et problĂ©matique du cheval, rĂ©vĂ©lateur de potentiel, outil qui conditionne la paix entre le cavalier et son cheval, et moyen de dĂ©livrance physique.



Ils témoignent

Michel Robert, cavalier de saut d’obstacles de haut niveau

“Sa mĂ©thode se rapproche beaucoup de la mienne. J’ai Ă©galement collaborĂ© avec le Dr Pradier quand je prĂ©parais les Jeux olympiques de Munich  en 1972. Nous avons elle et moi les mĂȘmes objectifs et nous nous nourrissons la mĂȘme passion Ă  mettre les chevaux dans le confort, et Ă  comprendre et apprendre comment ils fonctionnent afin de cibler les meilleures solutions. Tout cavalier a besoin d’un regard extĂ©rieur pour Ă©voluer, quel que soit son niveau. Elle m’apport ce regard, juste et constructif. Elle sait de quoi elle parle: le fonctionnement du cheval, ses rĂ©flexes physiques par rapport Ă  son mental, et vice-versa, c’est subtil et fondamental. Elle maĂźtrise sa technique et l’a expĂ©rimentĂ©e avec de nombreux chevaux. Sa force est d’avoir su Ă©laborer une mĂ©thode pĂ©dagogique obĂ©issant Ă  une rĂ©elle rigueur de progression, qu’elle utilise pour transmettre son savoir Ă  ses Ă©lĂšves.”

Charlotte Mordasini, cavaliĂšre suĂ©doise de saut d’obstacles de haut niveau

“La mĂ©thode de Julie est basĂ©e sur la biomĂ©canique. Elle est trĂšs exigeante et quasi-scientifique. Julie part du constat que dans l’équitation classique, on a tendance Ă  contraindre les chevaux et Ă  les mettre dans un Ă©quilibre prĂ©conçu pas forcĂ©ment naturel, car chaque cheval a son propre Ă©quilibre. Elle va de ce fait les amener Ă  trouver eux-mĂȘmes cet Ă©quilibre. Sa mĂ©thode passe par la responsabilisation du cheval, qui doit savoir fonctionner sans l’aide d’un cavalier. Cette mĂ©thode est trĂšs bĂ©nĂ©fique d’une façon gĂ©nĂ©rale, mais je dirais surtout avec les chevaux Ă  problĂšmes. Elle rĂ©vĂšle tout son potentiel avec les chevaux plus rebelles, dont on se rend compte la plupart du temps que leur dĂ©fense est liĂ©e Ă  des raideurs ou des douleurs: Julie leur apprend Ă  fonctionner correctement pour que les dĂ©fenses tombent. Nous avons Mark (McAuley, cavalier de haut niveau, son Ă©poux, ndlr) et moi envoyĂ© chez Julie un cheval de douze ans: il avait sautĂ© trĂšs haut avec Mark, avait concouru avec lui en Coupe des nations sous les couleurs irlandaises, avait sautĂ© au CHIO d’Aix-la-Chapelle, et bien d’autres trĂšs belle Ă©preuves. C’est un cheval avec beaucoup de sang, nerveux, stressĂ©, et Ă  force de forcer, il n’a un jour plus voulu. On a hĂ©sitĂ© Ă  le mettre Ă  la retraite. Il Ă©tait encore jeune, et c’est lĂ  que Michel Robert nous a suggĂ©rĂ© de contacter Julie. Il est restĂ© quatre mois chez elle: il est revenu il y a peu de temps. Il retournera peut-ĂȘtre en compĂ©tition dans les semaines qui viennent, mais ce qui est certain, c’est que dans son comportement et dans le travail Ă  la maison, il est serein. Il a l’air clairement plus apaisĂ© et heureux qu’avant.”

Diane Crespi, ostéopathe animalier 

“J’en ai connu, des coachs! Ce qui me plaĂźt, c’est avoir accĂšs Ă  la comprĂ©hension profonde des exercices que l’on me demande d’exĂ©cuter avec mon cheval. Julie s’appuie sur des connaissances anatomiques et biomĂ©caniques qui me parlent Ă©normĂ©ment en tant qu’ostĂ©opathe, ce qui m’aide Ă  progresser plus vite. On sent qu’elle connaĂźt vraiment bien les chevaux. Son analyse de chacun d’eux lui permet de voir tout de suite la façon dont il fonctionne, ses restrictions de mobilitĂ©, et d’adapter le travail afin de dissiper ces restrictions et d’aller vers plus de confort. Ce qui est d’autant plus intĂ©ressant, c’est que ce qu’elle voit en mouvement, ce qu’elle repĂšre en dynamique quand je manipule. Elle m’aide Ă  conscientiser ce que je vais demander Ă  mon cheval. Bien sĂ»r, elle s’adapte Ă  son public. Avec moi et de par mon mĂ©tier, elle va Ă©voquer par exemple une tension au niveau du muscle brachio-cĂ©phalique car je sais ce que c’est. Mais elle peut simplifier son propos avec d’autres types de cavalier. Sa pĂ©dagogie est agrĂ©able et accessible car elle est tout le temps en train de faire des mĂ©taphores du quotidien. Elle est trĂšs proche de nous pendant une sĂ©ance, elle mime et s’investit beaucoup. Elle va comprendre le cheval et sa dynamique pour l’amener vers une meilleure mobilitĂ©. La mĂ©thode 2C2A a cela d’avantageux qu’elle pose des observables qui permettent de se positionner dans sa progression et de s’évaluer. Elle nous rend autonomes. Je suis d’autant plus confiante dans sa mĂ©thode que je manipule de nombreux chevaux au sein de son Ă©curie: indubitablement, je ressens vraiment sur tous une qualitĂ© au niveau de la sensibilitĂ© thoracique.”

Andrea Cescutti, docteur vétérinaire

“Dans le monde Ă©questre d’aujourd’hui, dominĂ© par des “professionnels” qui souvent ne sont pas plus que des amateurs, il est rare de rencontrer des personnes compĂ©tentes dĂ©diĂ©es Ă  une recherche continue qui va dans le sens du cheval, alors que cela devrait ĂȘtre la prĂ©occupation de tous les cavaliers et propriĂ©taires. Julie fait partie de ces personnes “rares”. Dans son Ă©curie, le cheval est le centre de discussions et de rĂ©flexions continues, chaque aspect de sa gestion est constamment remis en question, et amĂ©liorĂ© si nĂ©cessaire. Cela est rendu possible bien entendu Ă  condition de possĂ©der des bases solides en biomĂ©canique et de bĂ©nĂ©ficier d’un esprit ouvert. Cette rĂ©flexion devient encore plus intense dans l’Ă©quitation que Julie propose: les exercices ne sont pas le rĂ©sultat d’improvisation et de superficialitĂ© mais d’une gymnastique conçue et personnalisĂ©e pour chaque cheval et cavalier, afin de les aider Ă  dĂ©passer les difficultĂ©s physiques et mentales. Les chevaux mĂ©ritent un Ă©quitation respectueuse, et Julie la leur offre.” 

Véronique Bartin, BEES 2, professeur de technique Alexander 

“Julie Lavergne a cela de prĂ©cieux qu’elle a mis au point une mĂ©thode qui va dans le sens du cheval et de celui du cavalier. Avec un travail sur les bras, les mains, le corps, et l’enseignement de l’extension d’encolure, elle apprend Ă  adopter une posture qui libĂšre tout le devant du cheval en faisant faire au cavalier complĂštement autre chose que son rĂ©flexe naturel qui est de ramener vers lui. Par ailleurs, le jeu d’exercices qu’elle a crĂ©Ă© met le cheval dans une situation qui le pousse Ă  “trouver” son corps par lui-mĂȘme, Ă  adopter son Ă©quilibre, sa cadence, son amplitude, sans que l’on ait Ă  agir. Julie travaille sur la longueur du cheval, le dos, tout le corps, ce qui est la seule issue pour pouvoir ensuite obtenir le rassembler. Elle dispose d’une vraie science en termes de biomĂ©canique et d’anatomie, qu’elle a hĂ©ritĂ©e du Dr Pradier, ceci ajoutĂ© Ă  sa pĂ©dagogie, c’est aussi efficace qu’agrĂ©able.”

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